Entre 1995 et 2000, 331 600 femmes ont été stérilisées dans le cadre de la politique d’ " actes chirurgicaux anti-conceptifs volontaires " mise en place par le gouvernement de Fujimori. Beaucoup des victimes, pour la plupart indiennes, ont été opérées contre leur volonté. Partout, des équipes médicales ont eu recours à différents stratagèmes pour atteindre les objectifs fixés : cadeaux, nourriture, promesses d'argent, pressions familiales, menaces, mensonges sur la nature de l'opération, propagande, voire violence, des centaines de femmes ayant été capturées, attachées puis anesthésiées. Ces brigades devaient rendre à date fixe leur rapport sur le nombre de ligatures effectuées. Souvent opérées " à la chaîne ", dans des conditions d'hygiène déplorables, les victimes souffrent aujourd'hui de troubles physiques et psychologiques chroniques, accentuant la précarité de leur famille.
Dès 1997, Hilaria Supa Huaman, dirigeante paysanne de la région de Cuzco, encourage des dépôts de plaintes. Voyant ces actions rester sans suite, cette figure emblématique des indiens Quechua, cherche en vain des appuis auprès des associations de femmes et de droits de l'Homme. En 2001, malgré les menaces, elle réussit à convaincre douze femmes, petites paysannes, certaines illettrées, de la région d'Anta, de la suivre à Lima pour témoigner devant des juges, des hommes politiques et les médias. Leur démarche fait grand bruit sur le moment. Mais cinq ans plus tard, la justice péruvienne reste immobile sur la question. Hilaria et les victimes qui l'entourent n'en restent pas là. Aidées des " douze " et de quelques proches, elles créent fin 2005 le " Comité des femmes stérilisées d'Anta ". Fin juin 2006, l'association compte 215 membres et les inscriptions se multiplient grâce à l'énergie déployée dans les villages, sur les marchés, dans les fêtes. Les victimes se sentent moins seules. Des plaintes vont à nouveau être déposées, mais auprès des tribunaux internationaux.
Les femmes d'Anta attendent la condamnation officielle de l'État, signifiant la reconnaissance leurs droits. Elles comptent bien obtenir des compensations, pour elles comme pour les 300 000 femmes répertoriées. Non pour réparer l'irréparable. Mais seulement pour leur permettre d'être soignées et suivies comme il le faudrait.
Grâce aux femmes d'Anta, les stérilisations massives de Fujimori ne sont pas encore une " vieille histoire ".
Reportage Pierre-Yves Ginet
Juin - Juillet 2006
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